Être un homme, c’est quoi ? 1/2

« Le monde, chico. Et tout ce qu’il y a dedans. »

Prends quelqu’un au hasard et demande lui qu’est-ce qu’être un vrai homme. 9 fois sur 10, il te répondra des trucs du genre : « un vrai homme s’occupe de sa famille » ; « un vrai homme est responsable de ses actes » ; « un vrai homme est pieu ». Maintenant demande lui quel est son film préféré. La réponse ? « Heat ! » ; « Scarface ! » ; « Le parrain ! ». Il est intéressant de remarquer que beaucoup de personnages célèbres tournent autour d’une figure totalement opposée à celle d’un homme bon. Qu’est-ce qui nous attire chez les salauds ? Pourquoi un Tony Montana passe-t-il mieux à l’image qu’un bon père de famille tranquille ? Bon, évidemment, la vie du premier sera certainement un peu plus mouvementée. Mais il y a forcément quelque chose derrière, quelque chose que l’on cherche à repousser mais qui nous attire, nous fascine.

Ce truc, c’est que ce genre de mecs en ont une grosse paire et n’hésitent pas à le montrer. Ces types sont virils, au sens le plus pur du terme : le mot viril découle du latin virtus, qui signifie valeur guerrière, vigueur, bravoure. Il faut savoir que nous ne sommes jamais fascinés par quelqu’un ou quelque chose sans raison. De la même façon que les personnalités qu’on admire sont des gens chez qui l’on se retrouve, qui nous ressemblent en mieux sur quelque aspects que ce soit, nous sommes fascinés et/ou troublés par ceux qui possèdent quelque chose que l’ont aimerait avoir ou que l’on craint profondément. Tony Montana est un sale type. C’est un dealer de drogue dure qui n’aurait aucun scrupule à en vendre à ton petit frère. Il est vénal, violent et arrogant. Mais tu sais quoi ? Tout le monde s’en fout ! On s’en fout car on se projette sur lui et pendant 120 minutes on endosse la peau d’un fou furieux craint et respecté. Oui, pendant 120 minutes c’est MOI le boss.

Au ciné, aucun risque que ce cinglé de Montana ne se retourne sur nous. En fait, c’est un peu comme si on était de son côté, dans la Team Montana. En évolutionnisme existe le très intéressant concept de mismatch, qui nous explique que nous sommes des êtres encore programmés en tant que chasseurs-cueilleurs. Notre environnement a changé mais nous ne sommes pas encore bien câblés pour. Il suffit de jeter un œil à la ligne du temps de Sapiens pour s’en convaincre: l’agriculture et la sédentarisation n’apparaissent qu’il y à environ 10 000 ans. Seulement, Sapiens apparaît il y a … 150 000 ans ! Nous avons donc environ 140 000 ans de chasse, de cueillette et de fonctionnement en tribus derrière nous. Sans compter que Sapiens n’est pas sorti de nul part et découle lui-même d’espèces homo antérieures. Un mec comme Montana aurait été très utile dans cette période de pré-histoire. Il est couillu, ambitieux et sanguinaire, voilà de quoi fournir une bonne protection face à la tribu d’en face ; on avait tout intérêt à le trouver sympatoche.

 » Je dis toujours la vérité, même quand je mens c’est vrai »

On trouve donc ici cette dichotomie entre être un homme et être un homme bon. Tony n’est pas un homme bon mais c’est un homme, un sacré même. Alors qu’est-ce qu’être un homme bon ? Sapiens est un animal social, il a besoin d’appartenir à un groupe pour survivre. Il a besoin d’identité. Si la religion s’est propagée partout sur le globe, c’est qu’elle a permise de couvrir énormément de nos besoins, dont celui de se sentir appartenir à  un clan. De là a découlé nombre de codes et de règles permettant de clairement délimiter la frontière entre eux et nous. Je tiens à préciser que je ne caricature aucunement le chasseur-cueilleur comme une brute épaisse sans aucune morale, ils étaient d’ailleurs sûrement bien plus intelligents que nous sur de nombreux sujets. Les codes civiques ont probablement toujours existé, car permettant à plusieurs êtres de s’unir et vivre ensemble, mais chaque groupe avait la sienne propre sans savoir celle du voisin (un sapiens préhistorique voyait peut-être au maximum 100 de ses congénères sur toute sa vie), de sorte qu’il est impossible d’identifier clairement telle ou telle religion comme nous pouvons le faire désormais.
Pour en revenir à mon propos, cette mise en place de frontières et de différenciations des groupes est encore une fois quelque chose de profond, et même de vital. En effet, bien que nous soyons dotés d’une magnifique capacité d’empathie, cette capacité s’éteint bien rapidement en cas de conflit avec nos tiers. Face à l’ennemi, plus aucun bon sentiment ne tient ; apparaît la déshumanisation.  Cet instinct nous a permis de ne pas faire de quartier en cas de conflit avec un autre groupe de Sapiens, en cas de guerre réelle il faut frapper vite et fort. C’est eux ou nous, toi ou moi, les tiens ou les miens. Pas le temps pour pleurer sur la vie que l’on ôte, c’est dur et injuste, mais la nature est dure et injuste ! 

Cependant, la mise en place de codes, en plus de pouvoir nous classer en équipes de plus en plus grandes comme dit plus haut, a permis de mettre un peu de frein à cette tendance naturelle. Pas complètement, mais assez pour maintenir une société malgré de nombreux conflits internes. Une distinction peut donc être faite entre être un homme, c’est à dire incarner l’essence de l’homme dans une situation de survie (protection de la famille, quête des ressources,…) et être un homme bon, c’est à dire suivre les codes de l’époque donnée afin de rendre la vie peut-être plus légère, moins éprouvante et surtout plus rassurante. Il est rassurant d’être un homme pieu convaincu que le paradis existe et qu’il lui est destiné. Ça allège le cœur car, que l’on soit croyant ou non, de l’œil d’un extra-terrestre regardant par son hublot, nous ne sommes que des bouts de chair bruyants enfermés dans des boîtes. Des bouts de chairs qui passent leur temps à se battre mais qui ont de temps en temps un éclair de lucidité. Cela donne la conquête spatiale, les mouvements pour la protection de la planète et la construction d’écoles.

Être un homme et être un homme bon sont donc deux choses dissociatives mais également associatives. Pour moi, être un homme, un vrai, c’est réussir à combiner les deux et à les mettre sur le même pied d’égalité. Un Templier et un soldat de Daesh se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Ils ont décidé de pousser ces deux faces de la même pièce à leurs extrêmes respectifs. Ce ne sont rien de plus que des chasseurs-cueilleurs agressifs persuadés que leur paradis les attend. Un type comme Montana à décidé de privilégier d’être un homme tout court, dans son essence animale. Le pasteur ou l’imam du coin ont décidé de privilégier d’être des hommes bons. Les Yakuzas, mafieux Japonais, ont décidé de doser le mélange en 70/30 : des mecs couillus et prédateurs, mais qui sortent les biftons pour aider les plus démunis en cas de besoin. En fait, tout tourne autour de cette alliance qui s’aime mais se déteste et chaque homme de la terre décide de son dosage.

C’est en quelque sorte, le ying et le yang du Cro-magnon.

Boris Crevin

Je recommande l’excellent livre « La Voie Virile » de Jack Donovan, qui m’a en partie inspiré.

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