J’ai gagné le gros lot mais je suis dépressif

Heureux avec mes frites et ma Jupiler

J’habite la Belgique, pays de 11 millions d’habitants. J’adore ce pays, son ambiance. Une gaufre à Bruxelles, une mitraillette chez Robert la frite à 4 heures du matin (les vrais savent), une bonne Chimay Bleue dans sa propre abbaye ou un plat de moules à la côte, la forme diffère mais le fond reste pareil : la chaleur et la simplicité. Globalement, il est bon d’être Belge. Personne ne peut dire que nous sommes mal lotis quant aux soins de santé, droits du travail, droits des femmes et ainsi de suite. Les « pays du Nord » représentent 16% de la population mondiale mais concentrent 70% des richesses. En fait, tu es né dans un des meilleurs environnements pour progresser, tu as gagné à la loterie mondiale. Ton potentiel créatif va pouvoir se canaliser sur autre chose que la façon dont tu vas devoir te nourrir demain. C’est déjà pas mal, non ?

Et pourtant, tout le monde fait la gueule ! Enfin bon, j’exagère (sauf dans le bus, tout le monde fait la gueule dans le bus). Mais quiconque voyage s’apercevra vite que plus on se dirige vers le nord ou l’est de l’Europe, plus les gens ont tendance à paraître distants, renfermés aux premiers abords tandis que dans le sud, ils seront expansifs dans la parole, les gestes, l’expression des sentiments. Il est pourtant difficile d’établir scientifiquement cette impression et répondre si oui ou non l’homme européen a une sacré tendance à se compliquer la vie. En effet, à première vue, les taux de suicides et de consommation d’antidépresseurs peuvent dépendre de beaucoup de facteurs, sans compter que ces derniers peuvent être plus facilement accessibles dans certaines régions du monde. Analysons tout de même le tableau qui suit :

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Dans ce tableau comparant 17 pays, nous en retrouvons 15 situé dans l’hémisphère Nord ! 15 sur 17 majoritairement constitués de blancs dont 13 aux climats plutôt froids. Il est intéressant de constater que la Slovénie se place avant l’Allemagne et la France. Son PIB par habitant, 55e mondial, équivaut à peu près à celui des Seychelles ou de l’île de Guam. Ce n’est donc pas un pays « riche » à proprement parler où l’on pourrait user et abuser d’antidépresseurs au moindre coup de blues. Voilà qui discrédite un peu l’argument selon lequel seuls les pays très développés pourraient se permettre une consommation d’antidépresseurs. Deux états semblent cependant se démarquer  dans ce classement : l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ils sont en fait peuplés en grande majorité de descendants Européens.

Babtou stressé

Comment expliquer cette morosité bien européenne, la palme revenant aux Parisiens aux heures de pointe, au mois d’octobre ?  La première hypothèse voudrait que tout se barre en cacahuètes et que nos niveaux de stress  et de consommation d’antidépresseurs parmi les plus élevés au monde soient parfaitement justifiés. A l’heure où j’écris ces lignes, il est vrai que le pays va mal : attentats,  grogne contre le gouvernement, crise financière,… On a connu mieux. Très bien. Mais la réputation du blancos stressé et angoissé ne date pas d’hier, cherchons plus loin. La deuxième mêle notre environnement, notre passé d’Européen chassant avec des peaux de bêtes sur le dos et des parties de sexe avec Neandertal. Accroche-toi, c’est du lourd.Mettons-nous dans le contexte de cette période que l’on nomme avec supériorité pré-histoire, alors que c’est bien là que toute l’histoire a débuté. Tu fais partie d’une tribu de chasseurs-cueilleurs située sur un territoire qui deviendra dans des millénaires l’actuelle Bruxelles. Europe de l’ouest, climat tempéré avec précipitations régulières, deux cents jours de pluie par an en moyenne. L’hiver, ça caille sévère et les bestioles ne sortent plus ; il va falloir être prévoyant et calculateur dans ses dépenses énergétiques ainsi que dans sa gestion de la viande chassée. Certains de tes camarades décéderont devant tes yeux, de sorte que dès la fin de l’hiver, dès le dernier flocon fondu, tu n’auras qu’une pensée en tête : te préparer à l’hiver suivant. Pour toi l’hiver est un tri, une purge, un test annuel sans pitié. Ça y est, l’angoisse du futur s’est implantée en toi et maintient en otage ton système nerveux.

IMG_0409.JPGLe p’tit Spirou avec de la viande de mammouth sur les dents

Mais en parallèle de cette longue et lente adaptation des Sapiens du nord à leur climat, des métissages antérieurs avec Neandertal viennent les aider dans l’évolution. Des chercheurs ont pu établir que les Européens et Asiatiques d’aujourd’hui ont hérité en moyenne de 1% à 3% du génome de nos anciens cousins. Cet héritage génétique, hormis de nous permettre une meilleure résistance au froid, nous a également légué un cadeau empoisonné : un rajout à l’angoisse de l’hiver, donc du futur, incrustée au plus profond de nous. Neandertal était déjà présent depuis longtemps avant nous dans ces environnements froids et avait eu le temps de s’y former. Il était ainsi plus robuste, avait la peau très claire et les cheveux roux. Quand Sapiens est remonté d’Afrique, il a croisé sa route et des métissages se sont produits, mêlant ses gênes aux nôtre. Ces accouplements ont-ils été consentants ou résultant de viols en contexte de guerre ? Sans doute les deux. Cet héritage s’est traduit pour Sapiens par, par exemple, la tendance a accumuler plus facilement du gras et la répartir sur tout le corps, ainsi qu’une légère modification de sa morphologie. Je penses de plus que cette adaptation au climat eurasiatique combinée au métissage, et ce n’est qu’une hypothèse de ma  part, expliquerait également notre très grand intérêt souvent excessif pour la viande.

La vie s’en tape de savoir si tu te lèves avec un sourire le matin

L’Européen a du mal à être dans l’instant présent car il n’est pas câblé pour, contrairement (dans une certaine mesure) à l’Africain pour qui il sera moins nécessaire de prévoir à long terme mais où la lutte se déroule dans l’ici et maintenant. Il n’y a pas de « races », ce mot supposant des isolations catégoriques avec des différences biologiques importantes. Neandertal et Sapiens formaient deux races. On ne peut donc plus utiliser ce terme pour distinguer un Asiatique d’un Européen, on parlera plutôt d’adaptations au milieu, pour lesquelles oui, il existe des différences évidentes (et logiques). En témoigne par exemple l’intolérance au lactose plus présente chez les hispaniques que les européens – ayant pu plus facilement développer l’élevage bovin de par le climat et des prairies adaptées -, le nombre important de cancers de la peau des populations blanches Australienne et Néo-Zélandaise ou encore l’incroyable ingéniosité d’un Allemand face à la magnifique capacité de communication d’un Congolais, la sincérité et l’hospitalité Maghrébine ou la retenue polie et digne Asiatique. Toutes ces adaptations ont façonnées des cultures, des façons de voir le monde, des comportements tous différents. L’humanité est une équipe de foot ou chaque joueur a ses points faibles et ses avantages, son talent propre. Non, nous ne sommes pas tous pareils, mais tant mieux ! C’est ce qui fait la richesse de notre monde. De l’ignorance de nos différences et surtout du pourquoi découlent ainsi toutes les formes de haine raciales, de quel côté qu’il soit. On peut difficilement concevoir de se mettre en ménage avec quelqu’un sans avoir appris à le connaître ou du moins le cerner, avec ses qualités et ses défauts. Or, pour connaître l’autre il faut s’y intéresser. Pour mener son équipe à la victoire, il faut en connaître avec précision la composition.

C’est exactement le rôle de l’évopsy (psychologie évolutionniste) qui s’impose de plus en plus bien que souvent attaquée par la toute bien-pensance  (sur le déclin, donc encore plus agressive) refusant de voir les choses autrement que par l’utopique vision d’un monde uniforme, unisexe, uni-tout, dans lequel toute personne s’y opposant et se mettant à penser de façon rationnelle, apportant des arguments et des faits serait systématiquement traité de tous les mots en -iste ou en -phobe du catalogue. Soyons clair, l’évopsy arrose tout le monde : hommes, femmes, blancs, noirs, jaunes, aucune distinction, aucun favoritisme. La lutte pour la vie n’a jamais été une histoire de développement personnel. C’est dur. C’est moche. Mais c’est la réalité. Cette chape de plomb qui a concernée l’étude de l’homme et ses origines, surtout depuis les travaux de Darwin, cristallise toute la peur d’une certaine dérive menant à l’appropriation sectaire ou communautaire. Il est vrai que ce risque existe, exactement comme la réappropriation et la modification de textes religieux. Mais en ces temps de replis communautaires, de laisser-faire, de peurs et de méconnaissances, de générations d’enfants gâtés et narcissiques, scotchés à l’Iphone 6, bercés par la culture de l’enfant-roi, à tout ce politiquement correct fou et destructeur, en ces temps incertains, étranges, sentant tel l’ont senti les Romains avant la chute de leur empire, n’est-il pas temps de devenir adulte ? N’est-il pas temps de se respecter soi-même et s’accorder le droit de chercher la vérité ? De voir par soi-même ? De réfléchir par soi-même ?

C’est en comprenant nos mécanismes que l’on peut les dominer et construire un monde meilleur, pour tous. La recherche de la paix intérieure est donc premièrement une bataille entre vous-même et votre mémoire génétique.

Allé ma poule, je repars chasser le caribou.

Boris Crevin

Sapiens : clair, simple, précis et teinté d’humour. Le best-seller à lire ABSOLUMENT pour comprendre le monde actuel :