Alcool, l’addiction du coeur

Au-delà de la dépendance physique et de ses mots compliqués, de l’assuétude psychologique et ses mécanismes d’habitude, on néglige parfois l’addiction du cœur, mélancolique mélange d’une passion qui s’est voulue romantique.

Présente dans nos plus grandes victoires ou nos plus cuisants échecs, elle s’est faite organisatrice de nombreux souvenirs impérissables, mêlant rencontres éphémères ou amitiés qui deviendront, peut-être, aussi fortes que notre amour pour elle.

Car elle était là, elle, dans chacune de nos dépressions, nos craintes, nos colères enfouies et toutes ces faiblesses qu’on ne dévoile pas. Elle s’est présentée spontanément à chaque foulure, chaque chute, de sorte qu’on en vienne à en vouloir aux autres de ne pas lire en nous ; le pacte est passé et l’on saute par-dessus bord rejoindre la sirène.

Mystérieuse, elle ne se déshabille entièrement que devant la tristesse. Elle n’aime que les désespérés, soit de leur condition passagère qu’ils ont cru insurmontable, soit de leur essence même qu’ils ont imaginé figée à jamais, comme victime de la Méduse. C’est justement ce qui les a amenés devant elle, la vraie.

Certains, ouvrant les yeux sur l’oeuvre destructrice de la sirène, rejoindront le rivage de la raison et des déçus viscéraux.

De ce bord de mer, ils lui tourneront le dos à jamais ou l’embrasseront de temps à autre, sans lui donner l’occasion d’une insidieuse vengeance. Ils la regarderont comme une passion passée, fiers et forts des leçons tirées.

Lui échapper prendra des mois, des années, toute une vie.

Voir la vie elle-même.