Belle comme la femme d’un autre

Les 101 Dalmatiens

Ah, les cocus ! On se plaît a en rire, à les moquer, on s’en amuse mais c’est toujours avec ce petit écho, cette petite espérance que l’on ne fera jamais partie du club. Ça doit être de la projection négative, du refoulement ou un truc du genre. Bref, ce n’est pas une surprise, l’homme est un loup pour l’homme. Surtout en matière de concurrence amoureuse… Aujourd’hui, je me suis imaginé dans la peau d’une femme passant sa soirée dans un bar chic du centre-ville (juste pour cet article, je précise quand même).

Je m’appelle donc Ülla, belle blonde du nord d’1m8o talons aux pieds, proportions qui vont avec. Petite robe bien au corps, sac Chanel, je sirote mon Cosmopolitan du bout des lèvres (faut pas ruiner le rouge Dior, 40 balles cette connerie) avec ce détachement et cette froideur propre aux bimbos des bars chics (bha ouais, faudrait pas qu’on croit que j’veux plaire non plus). Dans mon périple stoïque, 3 genres de types m’accostent :

  •  Les loups : malins, manipulateurs, mentant à l’être convoité pour se faire valoir. Ils vont tenter de séduire par des subterfuges, des techniques bancales ou efficaces apprises ici ou là sur des blogs de séduction. Ce sont d’habiles chasseurs à l’affût de proies enivrées au vodka-redbull. Ils sont là pour la gagne. En couple, ils ne sont pas fidèles et ne négligent aucune occasion.
  • Les bergers allemands : plus ou moins honnêtes, bien dans leur peau et mettant en valeur des choses véritables et concrètes. Ils connaissent les « do & don’t » de la séduction et n’en font pas des tonnes, ou bien s’en foutent royalement et se contentent d’être eux-mêmes. Ce sont des types assez stable et équilibrés, généralement fidèles.
  • Les chiots : ce sont les « lourds », les « needy ». Ils ont la dalle et le font savoir. Pour eux, une séduction n’est pas une matière à travailler, une sculpture à affiner, mais une succession de phrases de dragues repérées sur citations.com et de « t’es belle ». Casé, ils s’accrochent et peuvent être soit étouffants, soit complètement soumis.

Cependant, un 4e genre d’hommes existe dans l’ombre… redoutable… Il est froid, calculateur et incarne la face sombre de l’homme célibataire. Il ne s’intéresse qu’aux femmes déjà prises. Mesdames et messieurs les jurés, le faiseur de cocu, le briseur de couple : le loup noir !

Chou, va chercher la carabine !

Parfois, un loup tente d’entrer dans la bergerie. Il faut dire qu’une femme n’est jamais aussi belle que lorsque qu’elle est inaccessible. La plupart des romans d’amour débutent d’ailleurs comme tel : l’impossibilité de profiter pleinement de l’être convoité.  L’homme est un conquérant, un chasseur dans l’âme qui aime l’idée de challenge. C’est ce qui nous a permis de devenir l’espèce intelligente que nous sommes, ayant soif de conquête spatiale ou de constructions gigantesque, mais c’est aussi ce qui à causé notre perte plus d’une fois à coup d’invasions ou de pillages menant aux guerres. A plus petite échelle, l’homme obsédé par ta femme vit le même processus mental qu’a vécu Hitler en tenant la carte de l’Autriche. Bon, je vais un peu loin mais tu as compris le principe.

Ce que René Girard explique dans « Mensonge Romantique Et Vérité Romanesque », c’est que le désir pour une chose ou une personne ne dépend pas souvent de notre libre arbitre mais bien d’un désir triangulaire : je te désire car il te désire. Je veux ce qui m’est indiqué comme désirable par mes tiers, ce qui est validé en quelque sorte. Ce comportement instinctif d’imitation est inscrit en nous, c’est ce qui nous permet aussi d’apprendre et de nous conformer aux comportements conçus comme « aptes » à la vie en société. On imite et on nous imite. Qu’on se l’avoue ou non, l’attention d’une personne casée nous fera toujours plus d’effet que celle d’un ou une célibataire endurcie.

Dans un contexte romantique en effet, ce désir triangulaire n’est pas là par hasard et pourrait encore être une astuce de nos gênes, ces grands marionnettistes. L’homme ou la femme en couple nous assure inconsciemment sa capacité (théorique) à pouvoir entretenir une relation et à se reproduire. Ils sont donc en quelques sorte des valeurs sûres, le haut du panier dans la course à la survie de l’espèce. Voilà donc pourquoi les amants et maîtresses rangés au second plans sont si obsédés par ces relations souvent destructrices. A mon désir pour toi se rajoute celui de ton mari, mon désir est donc multiplié par deux mais mes déceptions le sont également. Il faut aussi penser que pousser une femme à l’adultère à des avantages considérables d’un point de vue génétique pour l’amant (j’en parle ici).

Je crois enfin que ceux et celles pris dans cette loi de l’imitation, qu’on peut appeler des Copycat (nom donné aux tueurs imitant d’autres tueurs célèbres) amoureux, sont en fin de compte prisonniers de leur attirance néfaste mais naturelle dans une certaine mesure. Naturelle car rien n’est plus grisant que quelque chose qui n’est pas accessible mais qui pourrait l’être, ce petit « on ne sait jamais » qui fait tant rêver les joueurs du Lotto. Les loups noirs, environ 20% des hommes selon Philippe Gouillou dans son livre « Pourquoi les femmes des riches sont belles », ne sont évidemment pas des hommes contraints toute leur vie à rester de simples amants ; un chien de berger peut tout aussi bien devenir loup noir un certain temps et vice-versa. Pour le loup (ou la louve) noir, la meilleure chose à savoir est que l’harmonie et bonheur ne se trouveront de toute façon jamais dans des situations nécessitant mensonges et trahisons et qu’une personne qui trompe à de grande chance de recommencer. C’est un risque de plus.

Loup ou chien de berger ?