L’échange sexe-ressource, ou comment on en est venu à Nabilla

Le pacte d’Houba-houba et Houbi-houbi

Quand Sapiens est devenu bipède, les règles du jeux se sont bouleversées et ont fait place à l’une des plus grande injustice du règne animal. Chez les singes, la femelle peut porter son petit sur le dos, ce dernier s’accrochant fermement ce qui permet à sa mère de vaquer à ses occupations et rester relativement indépendante des mâles, en tout cas en ce qui concerne l’apport de nourriture ou la protection face aux prédateurs (elles n’ont qu’à monter à l’arbre). Et c’est bien là que tout s’est joué : la nourriture et la protection. Les premières femelles bipèdes Australopithèques, pas plus grandes qu’un chimpanzé actuel, étaient facilement la proie de panthères et autres lions. Avec bébé dans les bras et non plus sur le dos, maman australopithèque ne pouvait plus s’échapper aussi facilement.

img_0393Moi tentant d’établir un contact

Les tout premiers hominidés bipèdes ont subi une sélection cruelle et intense jusqu’à ce qu’ils trouvent un compromis mâle/femelle afin de préserver l’espèce : l’échange sexe-ressource. Tu prends soin de moi et me laisse te faire l’amour, en contrepartie je t’aide à alimenter les petits et vous protège. Mais pour que ce système marche toute l’année, les femelles ont dû  progressivement  apprendre à dissimuler leurs périodes d’ovulations. C’est ce qui explique la disparition des signes clairement visibles, les « warnings », que l’on peut encore retrouver chez les femelles chimpanzés dont les fesses gonflent et rougissent quand elles sont en chaleur. Mais preuve que cette évolution n’est pas encore arrivée à son terme, les hommes peuvent encore inconsciemment reconnaître quand une femme est féconde uniquement par les phéromones qu’elle dégage, et seront plus attirés qu’en d’autres temps.

Au fur et à mesure du temps, s’est développé le principe de l’attachement réciproque que la nature a concocté pour officialiser ce pacte : c’est ce qu’on appelle l’amour. Ne dit-on pas qu’un homme amoureux soulèverait des montagnes ou que derrière chaque grands hommes se cache une femme ? En parallèle de ce changement de condition des femelles, la bipédie a totalement modifié la procréation humaine. En effet, les muscles, le système nerveux, et surtout le cerveau de bébé Sapiens quand il sort après 9 mois sont loin d’avoir atteint le degré de maturité du chevreau ou du petit chimpanzé. En comparaison, il faudrait à la femme 21 mois pour mettre au monde un enfant entièrement formé ! 2 ans de gestation ! Cette naissance prématurée est le résultat de deux modifications conjoncturelles : l’augmentation du volume et de la taille du fœtus humain au fil du temps et de l’évolution, et la modification de la morphologie du bassin de la mère dû à la bipédie. Après 9 mois donc, nous voilà avec la chose la plus fragile du monde. Père et mère vont maintenant devoir s’investir deux fois plus et, dans la savane, on découvre peu à peu le réconfort de l’amour familial.

Ce que femme veut, Dieu le veut

La mécanique s’affûte et chacun des deux sexes comprend une chose : il va falloir se dégoter le meilleur des partenaires. Pour la femelle, l’intérêt se portera  sur le meilleur chasseur, le meilleur protecteur ou le meilleur communiquant. Ces trois hommes parviendront à se hisser en haut de l’échelle du groupe et permettront à leurs familles de jouir de faveurs supplémentaires. Les hommes eux, comprennent que s’ils veulent séduire Pamela la belle australopithèque afin de s’octroyer la meilleure génitrice et assurer une descendance viable, ils vont devoir faire mieux que les autres.

Ils comprennent aussi que plus ils arriveront à accumuler de ressources et à prendre de l’importance socialement, plus le nombre de femelles intéressées se fera grand. Ce point peut expliquer l’incroyable appétit sexuel des « élites » dirigeantes, qui tombent souvent pour des faits pas très honorables (l’affaire DSK, John Kennedy et ses différentes partenaires chaque jour de la semaine, etc) ou les problèmes d’érection et de libido des hommes en situation de crise professionnelle se traduisant par une grosse baisse de confiance en soi et une impression d’étranglement. Ce pourrait être un habile stratagème de la nature pour empêcher l’homme en détresse de procréer dans de mauvaises conditions et le pousser à s’en extraire.

La femme, déjà précieuse par définition puisque n’ovulant qu’un seul ovocyte dans une période bien définie contre une production de millions de spermatozoïdes et capacité de fertilisation constante pour l’homme, l’est devenue encore plus avec le fait que bébé se soit changé en grand prématuré. En effet, élever un enfant comporte de lourdes contraintes de temps et de ressources qui prendront toute l’attention de la mère. Sans oublier la ménopause qui se profile au loin ! La femme est un être précieux et ce qui est rare est cher ; les hommes se battent depuis la nuit des temps pour elles. En fait, les hommes ne vivent que pour plaire aux femmes. De femmes dépendantes de nous pour leur survie, nous voilà dépendants d’elles pour la vie tout court. Ne nous y trompons pas, le véritable sexe faible, c’est nous.

La Rolex, c’est le steak de mammouth qu’on ramène dans la grotte

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Voilà pourquoi les hommes des classes sociales inférieures aiment tant se parer à outrance de marques de luxe sur les pare-brise arrière de leur voitures ou sur leurs vêtements, contre-façon ou pas (je porte du Louis Vuitton, j’en ai les moyens donc je suis puissant et haut dans la hiérarchie), et les femmes aiment tellement passer des heures devant le miroir (talons et rouge à lèvre comme mise en valeur de caractères sexuels secondaires, regardez comme je suis belle et fertile). Bien entendu, aucune femme n’a froidement en tête qu’elle se maquille dans le but d’attirer les gamètes mâles et permettre la procréation. C’est bien plus subtil, indiquant une fois de plus que nous ne sommes que des pantins de nos instincts primaires eux-mêmes contrôlés par nos gênes et leur dictature de la transmission (comme j’en parlais ici).

Monique vous dira qu’elle se fait si belle avant le bal du camping uniquement pour se sentir femme, juste pour la forme, pour sa confiance en elle. Oui, mais ce que Monique ne sait pas, c’est qu’elle aura tendance à enfiler des robes plus courtes, des décolletés plus osés, des bijoux et du maquillage plus voyant en fonction de l’approche de sa période d’ovulation. L’homme passionné de t-shirts Hugo Boss vous dira juste qu’il trouve ça « trop stylé frangin » ou que sa grosse Mercedes est sienne car il aime les belles voitures, point à la ligne. Je pense aussi que la fascination des adolescents pour des chanteurs charismatiques correspond à cette dynamique, surtout en ce qui concerne le gangsta-rap. Un rappeur comme Booba représente l’essence même de la masculinité animale : quête de l’argent/pouvoir, quête des femelles, importance des bandes unies et solidaires. Ainsi, le jeune en plein âge ou l’on va (doit) s’identifier à des modèles pour apprendre sera vite attiré par ce type d’hommes, ces illusoires mâles alpha. Ça lui parle d’instinct, ça le prend aux tripes.

Pour conclure, dans ce jeux de bluff, ce poker géant, toute la finesse et tout le plaisir est d’en comprendre les codes et les identifier. Soit pour les utiliser à bon escient, c’est à dire en sachant se mettre en valeur sans tomber dans la duperie et la publicité mensongère, soit pour ne plus se faire berner par ce mâle beau-intelligent-successful mais fauché ou cette bombe intelligente-fidèle-attentionnée bien connue du quartier. Alors évidemment, il ne faut pas faire de généralités catégoriques. Disons que cet échange sexe-ressource est un pilier fondateur de notre évolution et nous guide toujours aujourd’hui intrinsèquement, plus ou moins selon l’individu. De plus, les études scientifiques viennent valider ce principe. On a ainsi pu prouver qu’un homme soumis à l’idée que sa femme ait des relations sexuelles avec son prof de tennis était plus enclin aux accès de furie que dans le cas où on lui annonçait qu’elle en était « seulement » amoureuse. Pour la femme, c’est l’inverse : elle sera plus effondrée par son mari totalement épris d’une autre que par une preuve de sa visite chez Ginette la call-girl du coin.

Ah, l’amour …

Apprendre à choper de la jolie Australopithèque et de la fertile Sapiens :