Les gênes de l’adultère 2/2

La carabine accrochée au mur

Mais alors pourquoi tout le monde ne se trompe pas si c’est tellement avantageux ? Pourquoi la fidélité existe-elle encore si tromper apporte autant d’avantage ? Pourquoi seulement 10 % de cocuage moyen (30 % dans les classes sociales les plus basses, 14 à 16 dans les classes moyennes) ? Tout simplement car si nous étions tous libertins, si tout le monde couchait avec tout le monde, la notion même d’infidélité n’existerait plus et perdrait donc tout intérêt. En effet, si le couple et l’attachement homme-femme est si fort, c’est qu’il a été (et est) nécessaire au développement de nos petits a croissance lente ; le couple et son contrat sont donc essentiels à la reproduction de l’espèce Homo Sapiens, mais l’infidélité permet d’y ajouter des bonus, des cheat-codes. Mais il ne faut pas que tout le monde trompe sinon tout s’effondre. Tromper devient alors quelque chose de dangereux, qu’il faut faire en douce et comportant un risque énorme : tout perdre (même la vie). L’homme perdant le contrôle de lui même en surprenant sa femme au lit avec le voisin est un grand classique, de même que n’importe quel homme sait qu’une femme jalouse est capable de beaucoup de chose. Si la jalousie mène aux comportements les plus extrêmes, c’est que l’acte de trahison est tout aussi dévastateur au niveau de l’espèce qu’au niveau individuel.

En effet, qu’y a t-il  pour un homme de plus humiliant et de plus coûteux que d’élever une progéniture qui n’est pas la sienne (environ 10 % des enfants nés tous les ans) ? Qu’y a-t il de plus angoissant pour une femme de risquer la perte d’un homme, de ses ressources ou de sa combativité ? Il faut donc être sûr de la personne avec qui l’on s’engage. Mais est-ce toujours valable en 2016 ? Pour l’homme oui, pour la femme de moins en moins.

Dans une société occidentale, une mère qui divorçait en 1935 et une mère divorçant en 2016 vivront-elles la même galère ? Non, assurément. Celle d’aujourd’hui peut placer ses enfants dans des garderies et se consacrer plus facilement à son avenir professionnel. Ce ne sera pas toujours facile, certes, mais heureusement beaucoup plus qu’en des temps anciens. Une femme qui divorce peut aujourd’hui toucher allocations familiales, pension alimentaire du mari ainsi que prestations compensatoires. Il s’agit évidemment d’un progrès et nous pouvons tous nous en réjouir, aucun doute la dessus. Cependant, cette avancée a amené une énorme perte d’importance de l’homme pour le couple et remis en question l’ordre naturel du pacte homme-femme.

« Ce sont les femmes qui demandent le plus souvent le divorce. Elles sont à l’origine de près de trois quarts des divorces contentieux.

  • Près de 70% des femmes qui divorcent exercent une activité professionnelle ;
  • Dans plus de 80% des cas, ce sont les femmes qui obtiennent la garde des enfants ;
  • Dans les deux tiers des cas, la résidence du ménage est attribuée à la femme. » 

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Cela pourrait également expliquer en partie la différence des taux de suicide entre hommes et femmes (800 pour 300). Cependant, le rôle d’un homme cantonné a ne devenir qu’un simple pourvoyeur de spermatozoïdes n’est pas prêt d’arriver, les hommes étant toujours en majorité (= tendance globale) plus ambitieux professionnellement que les femmes. Cette perte de repères a annoncé la fin d’une société basée sur la monogamie simple pour une, un peu plus hypocrite, qu’est la monogamie à répétition.

Détection anti-cocufiage

Le risque d’être fait cocu étant comme nous l’avons vu énorme, chacun des deux sexes a développé un sixième sens, plus ou moins efficace selon les personnes, pour détecter les femelles légères ou les hommes volages. C’est ainsi que les femmes préféreront les hommes aux traits très masculins (donc signe de pourcentage élevé de testostérone, donc plus enclin à être volage) pour une nuit d’amour, mais moins pour une relation longue durée. De leur côté, les hommes classeront automatiquement les femmes en deux catégories, les madones et les putains. Il suffit d’écouter un groupe de garçons adolescents discuter entre eux pour s’en convaincre. Chacun des deux sexes se donnera également très vite le mot sur les mœurs de tel ou tel prétendant.

En résumé,  quelque soit notre point de vue sur le sujet, notre morale ou nos codes de conduite, il est bon de se rendre compte que l’infidélité homme-femme n’est finalement pas quelque chose de si terrible. Terrible dans le coup de canif qu’elle peut représenter, terrible dans les conséquences matérielles et/ou émotionnelles qu’elle peut entraîner, évidemment, mais pas dans sa dimension symbolique, dans ce qu’elle est intrinsèquement. Car l’infidélité n’est qu’un moyen que nos gênes ont trouvé afin de s’épandre. Ce qui ne veut pas dire qu’elle doit être déresponsabilisée, excusée, autorisée ou banalisée, mais qui permet de relativiser la douleur pour l’homme ou la femme s’étant fait(e) tromper. Certains auront plus de facilité que d’autres à passer à l’acte, à nous de chercher à les identifier ou non, de l’accepter ou non, et d’établir clairement les do et don’t de notre couple.

A lire dans le best-seller de Philippe Gouillou :