La fatigue-pirate

Sommeil, sommeil

Avez-vous déjà remarqué à quel point la fatigue peut changer notre perception des choses ? Sur moi personnellement, ça a un effet dingue. Quand j’étais plus jeune, j’en étais venu à me demander si ce n’était pas une question de troubles bipolaire ou un truc du genre, jusqu’à ce que je voie ce qu’est vraiment un bipolaire. Bon, heureusement, on en est pas encore là. Si le sommeil était personnifié, je crois qu’il me mettrait quand même quelques mandales dans la gueule. Faut dire que je l’ai pas épargné jusqu’à présent. Il a souvent vu l’horloge tourner dans le silence de la nuit, entendu la mélodie des oiseaux sous les premières lueurs, tenté de me rappeler à l’ordre entre deux bières sur sous le sunlight des tropiques (bah quoi ?) .

D’un autre côté, je pourrais lui rendre les coups avec justice. Il est rarement là quand j’ai besoin de lui. En voyage scolaire, c’était toujours le dernier à se pointer quand tous les autres étaient déjà tombés comme des pierres. Il se laisse trop vite chasser par la réflexion ou l’anxiété et quand il vient, c’est souvent pour me réveiller quelques courtes heures après. Ça, c’est quand il a décidé de ne pas rester longtemps à mes côtés, car il se met aussi parfois en tête de me clouer au lit. Alors on prépare l’armada : un réveil par ci, un par là, programmés sur 6h ; 6h30 ; 6h45 ; 7H, avec message affiché : « lève-toi !!! ». Bref, je suis en batterie faible un jour sur 3.

La fatigue en soi n’est pas quelque chose de mauvais, c’est  le signal d’alarme, le coup de semonce indiquant que la machine a trop tourné. Le problème, c’est quand ça en devient presque un état permanent et que tu t’étonnes d’avoir bien dormi ou d’être de bonne humeur. Car non contente de te faire bailler, la fatigue va te pousser à râler pour tout et rien, à cogiter sans fin sur des problèmes minimes ou inexistants, à te faire voir tout ton travail dans une perception négative. La fatigue veut te tirer vers le bas,  te mettre à terre, elle veut que tu t’écroules sous le poids des sentiments négatifs accumulés durant la journée. La fatigue quand elle se fait trop présente n’est plus une amie, mais une ennemie acharnée à combattre avec encore plus d’acharnement.

La fatigue sous couverture

La première base est bien-sûr la maîtrise de son sommeil par la rigueur et l’inflexibilité. Le sujet est vaste et une fatigue permanente peut découler de plusieurs facteurs différents (apnées du sommeil, anxiété et stress, mauvaise alimentation, etc), cela mérite donc que l’on s’y intéresse avec profondeur et je me concentrerai ici sur la contre-offensive, quand la fatigue a réussi à monter à bord et prendre le contrôle de la machine de guerre. Commençons par les symptômes : comment savoir si l’on est réellement fatigué ? La question paraît idiote, mais il faut avoir conscience qu’une fatigue peut se cacher derrière une manipulation de l’état émotionnel général, quand bien même l’on ne se sentirait pas forcément à plat physiquement. C’est ici que l’on peut distinguer deux types de fatigue : la fatigue saine, et ce que j’appelle la fatigue-pirate.

Prenons en exemple la gueule de bois. Tu sais, cet état bizarre où tu n’arrive plus à aligner des pensées cohérentes et à servir un café sans engendrer un cataclysme cuisinier. On se sent fatigué, mais pas comme après une longue journée de travail. C’est cette fatigue là dont je veux parler, celle qui agit à couvert, en false-flag. Pas celle qui rend tes paupières lourdes, mais celle qui te rend susceptible, irritable. Elle te ferait croire que tes pensées dévalorisantes ou ton irritation envers tous ceux qui t’entourent serait le résultat d’une pensée cohérente issue d’un esprit en état de fonctionnement. Alors qu’il ne l’est pas ! Tout comme il vaut mieux éviter d’agir sous le coup de la colère (trop c’est trop, je te quitte !), de prendre des décisions sous le coup de l’alcool (ah tiens, et si je rappelais mon ex ?), il faut tenter de ne pas réfléchir à des projets importants sous le coup de la fatigue car le résultat sera toujours négatif. Il faut donc savoir identifier quand tu es sous le coup d’une fatigue en plein camouflage. Comment ?

Personnellement, j’arrive à la détecter via les pensées qui me viennent en tête. En forme, je suis d’un naturel assez positif et ce n’est pas vraiment dans ma nature de me plaindre pour tout et rien. Quand je commence à sentir une certaine tension, une exaspération, bref toute forme de négativité pointant le bout de son nez sans raison valable, je m’arrête deux minutes, je respire un bon coup et je me pose cette question : comment te sens-tu ?  Cette petite phrase remet les choses à plat et m’oblige à prendre une décision. Soit j’ai encore assez d’énergie pour continuer ma tâche, soit je fais un break. Le tout est d’avoir ce réflexe d’analyser ses pensées et de ne plus se faire manipuler par elles. Parfois la morosité est totalement justifiée, mais la plupart du temps elle ne l’est absolument pas. Ce réflexe vient avec l’entraînement et l’habitude. Plusieurs fois dans la journée, arrête-toi et analyse tes pensées : qu’expriment-elles  ? Si je devais leur donner une couleur, quelle serait-elle ?

Je suis mon propre boss

Être conscient de son état, de son humeur c’est une étape de plus afin d’être pleinement maître de soi-même. Peut-être que ton pote t’énerve là maintenant à cause d’x raisons, mais serait-ce le cas si tu avais bien dormi ? Peut-être que tout ton travail est nul, tous tes projets futurs sont irréalistes et que tu n’y arrivera jamais. Cette pensée te viendrait-elle si tu avais passé une bonne nuit de sommeil ? Je n’accorde une grande importance qu’aux pensées et intuitions qui se présentent à moi quand je suis dans un état optimal, c’est à dire par exemple à l’aube après une bonne nuit de sommeil. Moins à 16h, encore moins à 23h.

Quand on fait face à cette fatigue-pirate, à cette destruction de la motivation, quelques astuces permette de la contrer dans l’instant avant de s’attaquer à un travail de fond qui est la gestion du sommeil, de l’alimentation etc. Le petit break comme cité plus haut est indispensable. On s’assoit 20 minutes, on va faire un tour à l’air frais, bref on se change les idées. On peut aussi se servir des antidépresseurs naturels : fruits (surtout les bananes) ; tisanes au thym, à la menthe verte et/ou romarin ; le classique grand café noir mais pas plus d’un sinon effet opposé ; toujours bien boire de l’eau, beaucoup d’eau ; faire un peu d’exercice pour s’oxygéner le cerveau.

Quoi qu’il en soit, l’important quand on a identifié que l’on était momentanément sous contrôle, c’est de se dire « OK, je ne suis pas en état de réfléchir avec toute ma capacité ». De là, à toi de de décider si il est raisonnable ou non de continuer. Mais il ne faut jamais se laisser entraîner dans une spirale de dévalorisation.