Le jour où j’ai jeté mon smartphone par la fenêtre

Le ratio +/-, valable pour tous les aspects de la vie

18H : Twitter. Snapchat. Facebook.

Télé.

18h15 : Deux likes sur Facebook. Cool. Allons voir Snapchat.

Télé.

18H20 : Pipi. Encore une notif’. Saloperie de jeu facebook.

– Et si je jetais ce bout de plastique dans la chasse d’eau ?-

Faites le décompte du temps utile passé sur votre téléphone par rapport au temps total. Dans la majorité des cas, des clopinettes. Il faut dire qu’entre les diverses applications de retouches photo, les jeux, le fil d’actualité facebook et les notifications en tout genre, il y a de quoi vite perdre son temps. C’est ce qui m’a poussé à dire au revoir à feu mon Sony Xmachin, muni d’une belle lumière clignotante et d’une jolie sonnerie. A vrai dire, j’ai toujours trouvé cet objet inutile. Enfin plutôt dispensable. Car s’il est vrai que les diverses applications et l’internet sont parfois bien pratique, que la communication avec ses pairs est facilitée, cela ne remplace fondamentalement rien à une bonne prise de note et une organisation prévoyante. Pour ce qui est du contact social, j’ai toujours bien fonctionné sans snapchat ou messenger, pourquoi m’encombrer de futilités ? Trop de – et pas assez de +, ma décision est prise : retour au Nokia de daron (ou de dealeur).

img_0556Voici le futur #ThinkDifferent

Les premiers jour de sevrage

Une chose qui m’a réellement étonné, c’est à quel point un smartphone peut prendre une place importante dans notre vie et à quel point il est difficile de s’en séparer. En fait, je ne prévoyais tout d’abord pas de jeter purement et simplement mon téléphone dernière technologie. Je voulais simplement arrêter de gaspiller mon temps sur des choses inutiles et abrutissantes tel le scrolling facebookien. J’ai alors commencé par supprimer toutes les applications chronophages de mon téléphone : snapchat ; facebook ; instagram ; youtube. Quand j’avais besoin de me rendre sur facebook ou youtube pour quelque chose d’utile, je le faisais via le navigateur web, ce qui limitait légèrement la facilité d’accès (surtout dans ma tête, j’en conviens) et donc la tendance à y aller pour procrastiner. Une fois ma tâche exécutée, je m’étais mis comme consigne de tout fermer. C’est ainsi que je me suis cru plus malin que des géants de l’internet.

Je n’ai évidemment pas tenu deux jours. Pour un contaminé comme je l’étais, il est incroyable de constater comme la curiosité qui vous prend de savoir si votre pote Jean-Claude vous a bombardé de snaps peut se faire pressante après déjà quelques heures de mise en quarantaine. Et je ne parle même pas des notifications facebook après la dernière photo en compagnie de Matt Pokora (ben quoi?). Il m’a fallu plusieurs tentatives avant de réussir à abandonner ces applications, jusqu’à me débarrasser définitivement de l’engin et racheter un portable à l’ancienne (avec un seul jeu qui est Snake, tu vois le truc).

Qu’est-ce qui nous attache autant à un bout de plastique ? Pourquoi tant de personne semblent vissées à leur téléphone comme si il s’agissait d’une extension de leur corps ? La masse de fichiers personnels à l’intérieur ? Sûrement. Mais pas que.

Un gros rail de notifs, un shoot de snaps

J’avais déjà dis dans un autre article que nous étions des êtres d’imitations. Eh bien en plus de ça, nous sommes des êtres d’approbations. Dans chacun de nos actes, nous attendons l’approbation de nos pairs, en somme la validation du groupe. Quand une femme dit à son mari qu’elle se sent moche, elle attend inconsciemment qu’il lui donne tort et la réconforte en la « validant ». Quand un homme se confesse à sa femme quant à ses doutes au sujet de son comportement au travail, il attend inconsciemment que sa femme le rassure et lui donne son approbation, le valide. La recherche de la validation, qui permet (ou renforce) la confiance en soi, c’est ce qui guide les glaciales bimbos made in Instagram à la vie fictionnelle, ou les mono-neurones des pétromonarchies photographiant leurs Mercedes plaquées or.

Il faut bien reconnaître que l’on se sent bien avec 200 likes en dix minutes sur la dernière photo. On fait semblant de ne pas y prêter d’importance tout en rigolant des statuts « aime et je publie » des jeunes ados. On sait que l’on ment, et la science le sait aussi. Car à chaque notifications, à chaque like, une petite décharge de dopamine, la même qui se montre quand on écoute une musique que l’on aime, pointe le bout de son nez. C’est elle qui nous donne cette petite sensation agréable que l’on va avoir tendance à la rechercher de plus en plus en publiant de plus en plus de choses, souvent inutiles. En fait, cela s’apparente exactement à des compliments reçus de nos tiers et c’est ce qui explique que la plupart du temps, les accros aux réseaux sociaux sont généralement les moins confiants en eux-même dans la vraie vie, que cela soit visible ou bien caché. Cet apport de compliments vient combler un peu la faille narcissique que l’on a tous à des degrés différents. C’est en cela que les Facebook et autres ont été incroyablement efficaces, car ils ont permis aux gens de pouvoir briller virtuellement.

Pour valider ce constat, j’ai personnellement remarqué qu’en effet, mon temps passé sur ces applications variaient en fonction de mon état d’humeur. Lors d’un petit coup de blues passager, je passais du temps à procrastiner sur facebook. Mais quand je pétais la forme, cela me dérangeait plus qu’autre choses. Le fait de prendre conscience que l’on agit presque comme un toxicomane permet de prendre de la distance par rapport à ces outils. On y met un frein et on reprend les commandes.

« Cela ne m’intéresse pas »

Tu as déjà essayé de ne pas t’intéresser ? De tout simplement n’en avoir rien à cirer de quelque chose ? Ça fait du bien. Beaucoup de bien. Si je devais nommer le véritable avantage de quitter le smartphone, ce serait celui-ci : s’alléger l’esprit. C’est dingue comme cela change un tas de choses, comme l’humeur ou la fatigue. Nous sommes sans cesse bombardés d’informations toute la journée. Publicités ; consignes ; ragots et en plus de tout ça, les notifications inutiles ; les statuts inutiles de gens inconnus ; etc.

En coupant mon accès à une grande source de rien, cela m’a permis de remplacer cet espace vide par des choses beaucoup plus porteuses. J’en parlais dans le début de l’article, mais il faut bien avoir conscience que notre temps est notre ressource la plus précieuse. C’est véritablement l’emploi que tu fais de ton temps qui détermine TOUS les aspects de ta vie. Or, toutes ces compagnies médiatiques ne veulent que ça : TON TEMPS et TON ATTENTION ! Patrick Le Lay, ex-patron de TF1 avait d’ailleurs craché le morceau :

« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.

 

— extrait tiré du livre Les dirigeants face au changement, Éditions du Huitième jour, 20047.

Moi, rien qu’après ça, j’ai envie de couper ma téloche et mon smartphone.