Le bonheur des magazines

500 grammes de bonheur, s’il vous plaît.

Le bonheur est un produit commercial comme un autre. Dans les magazines, on nous parle du bonheur comme d’un mythe, une sorte d’étape ultime à vivre. On vous dévoilera donc le témoignage incroyable de cette femme ou cet homme qui ont décidé de tout plaquer et recommencer à partir d’une page blanche. On nous présentera les deux zigotos comme des héros, fiers qu’ils sont d’avoir quittés femmes et enfants pour partir faire des respirations ventrales dans un pays du tiers-monde. On vous fera rêver par des belles images de Jean-Michel méditant devant Bouddha à l’aube d’une belle journée ensoleillée ou de Mireille ayant passé le grand cap : elle a changé de vie. Changer de vie. Et si, avant de changer de vie, on tentait d’abord de l’améliorer ? De s’améliorer soi ? Ils nous vendent le bonheur comme l’étape obligée pour se revendiquer être humain sain et complet. Ils nous vendent le bonheur comme un truc qu’on pourrait acquérir en un billet d’avion pour le Pérou, en un papier de divorce. Ils nous vendent le bonheur comme un énième produit de consommation individualiste, notre petit bonheur personnel étant plus important que tout, que tout le monde.

On tente ensuite de nous convaincre que le bonheur se manifesterait par un état constant de joie et d’euphorie. Cette transe constante et régulière n’apparaîtrait subitement qu’ après la rencontre de la personne de nos rêves, du job de nos rêves, de la maison et du Golden Retriever de nos rêves. Une fois que l’on aurait tout ce dont on nous fait croire que l’on a besoin, on se réveillerait un matin en se disant : « ça y est ! ». Comment ? Ben en vous faisant rêver ma p’tite dame ! Magazines people, féminins, masculins, on veut te prouver que si tu veux être heureux, il faut que tu possède ce truc. Regarde cette montre ! Toutes les filles te regarderont avec ça. N’est-ce pas ce que tu recherches ? Tu ne veux pas ressembler à ce joueur de foot qui met une fille différente dans son lit tous les soirs ? Tu ne veux pas assouvir complètement tes pulsions ? C’est quoi ton problème, tu ne veux pas être un vrai Homme, tu ne veux pas être heureux ?

Voilà le piège : on veut te vendre du bonheur par l’intermédiaire des shows médiatiques et on veut te faire croire que pour être heureux, tu dois nécessairement te rapprocher au maximum pour les femmes, d’une executive-woman forte et indépendante qui n’a besoin d’aucun homme pour briller et qui fera peut-être des enfants un jour si le temps lui permet. Et pour les hommes, d’un success-man puissant, riche et séducteur, dont la réussite se calculera en nombre de conquêtes, de voitures et de billets amassés. On te persuade que sans tout cela tu n’es rien, et que ceux qui s’y opposent ne sont que des êtres ringards et démodés. Ben ouais, moi je suis à la page. Moi je suis à la mode, moi je conduis cette Mercedes, donc toi tu n’es rien. Ne tombons pas dans le piège. Les grands propagateurs de cette idéologie que sont les leaders d’opinions, les Rick Ross ou Beyoncé, ne sont que des fakes, des gens sans fonds. Ils vivent à travers une image et si l’électricité s’arrêtait, si ils ne pouvaient plus diffuser leurs clips, ils ne seraient plus rien. Il en va de même pour toute cette folie de la consommation et de l’individualisme. Le capitalisme est désormais passé dans un côté obscur ou tout se vend et tout s’achète, même tes sentiments, même l’amour, même ton bonheur. Si un astéroïde devait nous percuter et que l’on devait recommencer l’histoire, toute cette mascarade superficielle ne tiendrait plus. Hop, disparu ! Plus de Mcdo, de Zara, d’Iphone 6. Plus de maquillage, de bijoux et de talons. Plus de séries télé, de playstation, de porno. Les gens devraient enfin revenir à ce pourquoi nous sommes fait : savourer l’essentiel, l’instant présent et s’assurer que le groupe se porte bien.

Le bonheur ne s’achète pas, le bonheur se prend et se construit

Je ne m’oppose pas en soi à la consommation et aux modes superficielles. Tout le monde aime se faire des petits plaisirs, tout le monde aime se faire beau et je suis moi-même un grand fan de motos et de voitures. Je ne joue pas l’anarchiste idiot, je dis simplement que le vrai bonheur ne passe pas par là. Que les biens de consommation doivent rester ce qu’ils sont, des objets, et non des fins en soi. Un homme ne sera pas un homme de meilleure qualité parce qu’il porte des chaînes en or et dit « caca » dans une musique. Une femme ne sera pas une meilleure femme parce qu’elle a des milliers de like sur une photo de ses fesses laissant entrevoir un sac Louis Vuitton. Tout ceci n’est que manipulation dont l’objectif est de vous faire acheter, acheter, acheter. Dans le livre Sapiens, Yuval Harari explique que les récentes recherches sur nos taux d’hormones du bonheur (dopamine, sérotonine), ne sont pas additionnelles et ne deviennent pas exponentielles en fonction des progrès de la société. Pour simplifier : un homme d’affaire fraîchement millionnaire achetant son premier penthouse New-Yorkais avec vue sur la ville n’est pas plus heureux qu’un jeune Sapiens d’il y a 30 000 ans réussissant à tuer sa première bête et s’assurant un nouveau statut d’adulte dans le groupe. Ce qu’a recherché toute sa vie le businessman c’est le statut, statut qui lui permettra d’obtenir pouvoir et belles femmes. Il l’a eu. Le jeune Sapiens recherche la même chose et l’aura peut-être aussi.

La vraie preuve que notre société occidentale est réellement passée du côté obscur de la force peut se rapporter à cette citation : « le vrai changement s’opère quand les hommes ne veulent plus être des héros mais des hommes riches ». Quand tout le monde veut piéger tout le monde. Et si on en revenait aux choses essentielles de la vie ? Et si le vrai bonheur c’était en fin de compte de faire ce pourquoi on se sent destiné sans forcément complexer à la vue d’un Patrick Jane en costard promotionnant le nouveau Nespresso ou de la fausse femme-forte Beyoncé ? Qu’au lieu de rêver de changer de vie ou de conjoint on tentait de s’améliorer soi-même et d’améliorer son couple sans quitter le navire à la moindre fissure parce-que-je-serais-plus-heureux-comme-ça ? Et si on arrêtait cette société du Me, Myself and I ou seul mon avis et ma petite personne importe ? Dans les bouddhistes, l’homme doté d’une grande maturité spirituelle est celui ayant su s’affranchir de tous désirs,  des désirs des plaisirs. Dans Le Sermon sur la Montagne, Jésus prône également une grande modestie voir un total rabâchage concernant nos soifs d’assouvissement des pulsions. Dans ce monde du 21e siècle et, plus réalistement, je crois que toute la justesse se situe dans la bonne mesure, le bon dosage de sa consommation. Nous devons toujours rester maître de nos désirs sur tous les plans et non l’inverse. Et il est plus que temps de s’y mettre : aux U.S.A, le dernier produit de la dynamique libérale-libertaire, de ce « il est interdit d’interdire et je fais ce que je veux », c’est le mouvement des « Social Justice Warriors » qui ne devrait pas tarder à venir nous infecter.

Le vrai bonheur c’est donc réapprendre à savourer les plaisirs de la vie et être reconnaissant de ce que l’on a, plutôt que de l’ignorer et sans cesse poursuivre ce que l’on a pas. Car quand on est déjà heureux, on ne peut qu’être dans un état de confiance en soi optimum et plus rien ne peut nous empêcher de poursuivre nos vrais objectifs, nos vraies passions. Retenons cela : le positif attire le positif, l’abondance attire l’abondance. Voilà ce qu’on nous apprend pas à l’école. Voilà ce qu’on ne nous apprend pas à la télé, dans les magazines. Voilà pourquoi tant de gens vivent névrosés, dépressifs, volent, dealent. On leur martèle qu’ils ne sont rien tant qu’ils ne sont pas « ce genre de personne ». Ils ne sont rien tant qu’ils ne participent pas à la course absurde de l’image et de la consommation. Ils ne sont rien si ils n’acceptent pas les règles, ils ne sont rien tout court. Ce ne sont que des conneries. Vivons pour nous et non pour ressembler aux autres. Battons nous pour nos passions et notre bonheur et non pour ressembler aux clowns de cinéma. L’essentiel est ailleurs. Tous les hommes courent après le moyen de se hisser aux plus hauts statuts qu’ils peuvent convoiter, c’est dans notre nature. Mais soyons plus malin et ne tombons pas dans les pièges de la course à l’oseille. Regardez les gagnants du lotto ! Ils sont fous de bonheur dans les premiers mois de leur gain mais ce sentiment tombent souvent très rapidement et certains finissent par regretter leur vie d’avant. Tout simplement car à 2O ans, la majorité des gens ont déjà ressentis tout ce qu’un homme peut ressentir : amour, haine, fierté, culpabilité, réussite, échec,… et qu’un gros paquet de fric n’y ajoutera rien de spécial. La fierté d’exercer pleinement son potentiel oui, et tant mieux si ça rapporte en plus ! A 20 ans nous n’avons pas connus toutes les situations non, mais toutes les émotions que peuvent provoquer toutes les situations du monde. Sauf peut-être une chose : devenir parent.

« Sapiens » de Yuval Noah Harari et « L’animal moral » de Robert Wright, deux best-sellers simples et clairs que je recommande vivement pour se comprendre :