Les warriors du net

What a time to be alive

Merde, on vit quand même une époque de dingue. A l’heure ou Elon Musk nous annonce qu’on vit sûrement dans une simulation électronique et que le président de la commission Européenne Jean-Claude Pots-De-Vin Junker nous raconte qu’il discute avec les représentants d’autres planète, n’importe quel Papou de Nouvelle-Guinée peut suivre des cours d’astrophysique sur son ordinateur, n’importe qui peut tenter de trouver l’amour à l’autre bout du continent via Meetic et tout le monde peut tenter de devenir un trader jouant avec des millions de dollars virtuels circulant à vitesse de la lumière dans le Cloud.

En 2016, le dernier des clowns peut toucher l’équivalent de 64 fois le stade de France en une vidéo , Papy peut acheter un flingue sur le deep-web ou voir les seins de Monica Bellucci (non je ne mets pas le lien, coquin va). Chaque jour, des millions de gens communiquent entre-eux sur les réseaux sociaux et se concertent pour changer le monde, et quand le Mac s’éteint, tout s’arrête ou tout démarre. On peut y trouver de quoi débuter une nouvelle vie ou un peu soulager l’actuelle, y trouver le moyen de grandir ou de s’anéantir. Internet, c’est l’engrais ou le poison, la naissance ou la mort, le bien ou le mal. Palliatif à certaines de nos plus grandes frustrations ou angoisses existentielles, du geek paumé le jour et justicier des forums la nuit, à la jeune fille mal dans sa peau devenue star d’Instagram, tout le monde peut y trouver son compte.

Ouaip’, sur internet, l’information n’a jamais été aussi accessible et on a jamais été aussi au courant des magouilles de nos sinistres politicards. Mais sur le net, quand ça monte d’un coté, ça monte de l’autre ; on a jamais vu autant de gens s’insurger, polémiquer et se révolter ; on a pourtant jamais été aussi prisonniers des marques, des élites et de la pensée unique. 

Hier encore, pour m’endormir, je regardais un de ces vieux documentaires pourris qu’on peut trouver en errant sur YouTube. Le titre était : « existe-t-il une dimension parallèle ? »

Et si c’était ça, la réalité parallèle ?

Le nouveau Napoléon est sur JeuxVidéo.com

En bonne dimension virtuelle, sur la toile, la hiérarchie n’existe plus. Tout le monde peut se revendiquer boss de la terre, PDG ou écrivain célèbre. N’importe qui peut s’exprimer sur n’importe quoi, se créer un blog et jouer l’expert ou simplement dire tout un tas de conneries comme ça, pour le plaisir de le faire, pour se sentir exister. Dans le règne de l’immédiat et du click, c’est celui qui criera le plus fort qui se fera entendre. Point besoin de légitimité ou d’expérience, un bon sens marketing suffira.

Sur internet, la joute entre deux chevaliers n’est plus que verbale. On clash, on moque, on rabaisse. Plus pour gagner le cœur de la princesse non, mais pour gagner l’éphémère sensation de victoire proportionnelle au nombre de pouces bleu. Il est ainsi incroyable de constater à quel point les faux profils anonymes sont légions. Rien que sur Facebook, pour une personne « véritable », on trouve 5 comptes anonymes. Et c’est même pas qu’ils se foulent pour le nom ! Sérieux les mecs, un peu d’humour quand même. Où sont passés les Alain Terieur, Sarah Croche et autres Ray Defesse ? Ainsi, comme quand on insulte tout le monde bien en sécurité dans sa bagnole, le warrior du net devient invincible une fois dans la peau de son avatar. Plus de pitié, plus de respect qui tienne, le vrai guerrier n’accorde aucun pardon à son ennemi. Et pour cause : le Charles Martel du clavier en a pris pour son grade toute la journée et toute la semaine, tout le mois et toute l’année, alors bon sang, c’est pas toi et tes opinions de merde (comprenez : une opinion différente de la mienne) qui va t’en sortir comme ça !

comm

Un jour normal sur YouTube

On peut encore comprendre et tolérer les accès de colères virtuelles de ces petits bonhommes de derrière l’écran. Après tout, il suffit de ne pas y accorder d’importance et de prendre ces exclamation pour ce qu’elle sont : du vent. Le problème, c’est  quand plusieurs frustrés du réel se retrouvent entre-eux et forment une petite bulle de haine qui s’auto-alimente. On voit ainsi, surtout sur YouTube, pléthore de petits sergents-chefs qui partent en guerre contre ceux qu’ils désignent comme ennemis. De l’extrême-extrême gauche à l’extrême-extrême droite, de la décérébrée SJW en guerre contre l’homme blanc au petit racialiste aux fantasmes de guerre civile ethnique, du jeune con islamiste au vieux con gauchiste hypnotisé par Le Monde ou Libération, sur internet, c’est la guerre des mots. Et pendant que les gens passent des heures à matter des réactions inutiles au dernier clash inutile de gens … inutiles, les maîtres du monde continuent de nous manger crus avec accompagnement caviar et champagne. Dans le monde réel cette fois.

Têtes à clic, têtes à claques

Il faut tout de même avoir une vie complètement vide de sens pour se créer un faux profil uniquement dans le but de cracher sa haine derrière son clavier. Tout le monde a le droit de s’élever contre des opinions ou des paroles qui ne lui semblent pas correctes, tout le monde a le droit de s’exprimer. Moi-même via ce blog je m’exprime et donne des opinions avec lesquelles nombre de gens ne seront pas d’accord quand d’autres le seront parfaitement. La différence est que j’essaye d’apporter un minimum de construction, une justification et un raisonnement à mes propos afin de faire avancer le problème. Le hater de base se contente d’insulter vulgairement, comme pour se décharger d’un parasite qui le démange. Le hater du net ne construit rien et fait reculer le débat. Il parle dans le vent et parle pour lui. Il est inutile au groupe.

Dans le monde de l’internet,  l’immédiat et l’émotion prennent souvent le pas sur la raison. il s’agit là d’un effet qui peut être très pervers pour les milieux où le sérieux et la réflexion doivent primer. Je pense à ces politiques tentant pathétiquement d’exister sur Twitter ou Facebook, réagissant avec tristesse à la mort du chat de Mireille, « condamnant fermement » les propos d’untel, bref ajoutant un peu plus de courants d’air et de rien au monde alors que leur métier consiste à le faire tourner correctement, le monde. Quand l’émotion prend le dessus, c’est la porte ouverte à la connerie généralisée. On ne prend plus le temps de réfléchir avant de parler ou d’agir, avant de voter ou de débattre, on regarde seulement si le personnage passe bien à l’écran. Internet, c’est aussi le monde du fake et de l’image.

Sortir du piège et élever le niveau

Et si avant de s’exciter derrière l’écran, de passer des heures à se préoccuper de gens futiles et n’apportant rien, on commençait par se poser cette question : est-ce que ça a une utilité ? Est-ce que le fait de répondre à ce mec va m’apporter quelque chose ? Est-ce que regarder ce clash entre deux dégénérés va me faire grandir ? Est-ce que participer à la mascarade généralisée va élever le monde et me permettre d’être plus heureux ? Est-ce que ce que je suis en train de regarder peut mener à quelque chose de concret dans la vie réelle, ou suis-je simplement en train d’assouvir une pulsion malsaine en me laissant manipuler par les belles paroles d’un imposteur, les débilités d’une star de TV réalité ou les insultes d’un rappeur miteux ?

Il faut bien choisir comment et vers quoi notre énergie va se dépenser et ne surtout pas la gaspiller. Le temps et l’énergie sont les deux choses les plus précieuses que l’on possède ; les gaspiller serait une erreur. Je ne donnerais plus aucune minute de ma vie à l’inutile, à regarder l’avis ou l’opinion d’une personne illégitime dans son domaine ou qui n’apporte aucune réflexion ou travail préalable. Je ne suis pas venu au monde pour écrire des commentaires à la con remplis de haine en dessous d’une vidéo YouTube. Je suis venu sur terre pour essayer de le faire avancer, à mon échelle et avec mes possibilités. Et si d’autres ne vont pas dans mon sens, je les écouterais, à la condition qu’ils apportent des arguments construits. Le temps que les gens passent à tenter d’assouvir leur égo surdimensionné en tentant d’écraser l’autre est un temps gaspillé.

Et on a pas le temps de gaspiller le temps, merde, quand même !

idykzf

Arrêter d’être un looser du net et se bouger le cul :